Trickster

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fripon_divin_titreC’est Paul Radin qui a rendu célébre le Trickster, (littéralement « farceur ») , petit personnage mythique présent dans toutes les cultures.

Le Trickster est par exemple l’équivalent du lutin dans la culture des indiens des amériques. Le trickster, « fripon divin », fait des tours pendables, possède une activité désordonnée incessante, une sexualité débordante, etc., il est selon Paul Radin (1956) un miroir de l’esprit, un « speculum mentis ». Ce qui donna lieu grâce à son co-travail avec Carl Gustav Jung au développement du concept d’enfant intérieur, mais aussi d’une pratique psychothérapeutique.

Le Trickster est à la base une divinité chaotique à la fois bonne et mauvaise, c’est une forme de médiateur entre le divin et l’homme. Il passe avec facilité d’autodérision au sérieux le plus total ; mourir, renaître, voyager dans l’au-delà et conter sont certains de ses attributs. Il est indispensable à la société : sans lui, elle serait sans âme.

Phallic_kokopelliLe Trickster est une sorte d’individualiste solitaire contemplant les institutions telles des entités étrangères. Ne laissant personne indifférent, l’humour est son arme de prédilection, même si celui-ci peut être cruel. L’anthropologie, nous révèlerait que « Nous avons tous un enfant en nous même » et que de nombreux peuples ont exprimé ce fait.

La perspective Jungienne, au travers de l’ouvrage « le fripon divin : le mythe indien », envisage l’existence d’un processus qui renvoie à un archétype présent, dans chaque être humain, quelle que soit sa culture. Cette universalité, se retrouverait, au travers du Fripon divin. Le fripon divin est la figure de la petite créature mythique des légendes mais plus encore il est aussi une composante de notre âme. Attention cependant la notion de Trickster et d’enfant divin ne se recouvrent que partiellement. Et d’une certaine manière le Trickster est le double, l’ambivalence, la part d’Ombre de l’enfant divin etc. : L’ombre et la lumiére en somme.

« L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. »

« Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression, ni ascension. »

in C.G. Jung « L’Âme et la vie », LGF – Livre de Poche, 1995 (ISBN 2-253-06434-3). L’ouvrage L’Âme et la vie est constitué de textes essentiels de Carl Gustav Jung, réunis et présentés par Jolande Jacobi, introduits par Michel Cazenave

Paul Radin, co-auteur de l’ouvrage « Le mythe du Fripon » écrit :

Il n’est guère de mythe aussi répandu dans le monde entier que celui que l’on connaît sous le nom de « mythe du Fripon » dont nous nous occuperons ici. Il y a peu de mythes dont nous puissions affirmer avec autant d’assurance qu’ils appartiennent aux plus anciens modes d’expression de l’humanité ; peu d’autres mythes ont conservé leur contenu originel de façon aussi inchangée. (…) Il est manifeste que nous nous trouvons ici en présence d’une figure et d’un thème, ou de divers thèmes, doués d’un charme particulier et durable et qui exercent une force d’attraction peu ordinaire sur l’humanité depuis les débuts de la civilisation.

fripon_profil01_600Il s’agit d’un être fruste et rusé, plein d’innocence et de convoitise, qui enfreint toutes les règles, commet toutes les maladresses, déclenche toutes les catastrophes et tombe dans tous les pièges, y compris ceux qu’il a tendus lui-même. Le parcours du trickster est celui d’un apprentissage par l’absurde, en quelque sorte.

Comme Till l’espiègle, personnage de saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire du Nord de l’Allemagne. (Son nom a la forme Till Eulenspiegel en allemand). Ce nom est à l’origine de l’adjectif espiègle : il fut emprunté en français dès le XVIe siècle sous la forme Till Ulespiegle qui donna lieu à toute une littérature.

Il peut passer une partie de son existence sous forme animale, ou encore le personnage peut être décomposé en plusieurs rôles dont certains sont tenus par des animaux comme la Corneille, le Renard, en Amérique le Coyote, etc…, qui ne sont pas sans faire penser à un recueil de récits médiévaux français des XIIe et XIIIe siècles ayant pour héros des animaux agissant comme des humains : Le Roman de Renart.

Le trickster est à vrai dire tellement divers, tellement polymorphe qu’il est parfois difficile de lui conserver une réelle individualité.

Prolongements inattendus

Till_l-espiegle_grand

Till Eulenspiegel

C’est au terme de cet apprentissage qu’il deviendra un être humain, ce qu’il n’était pas, ou pas toujours, au départ. Et cette dernière notion est importante car elle évoque une évolution, un passage à l’état d’adulte, à celui d’homme ou de femme mature.

Ce que précisément Carl Gustav Jung a découvert aussi dans son concept d’individuation.

Ces travaux autour du Trickster permirent à Carl Gustav Jung de développer le concept d’enfant intérieur, (enfant divin ou fripon divin), en apportant donc sa contribution à l’étude de la psychologie du fripon.

Cela eut aussi un développement a priori inattendu, celui de la notion d’enfant intérieur, utilisé en psychothérapie pour adulte. C’est-à-dire quand un homme ou une femme parvenus à ce que l’on nomme la seconde partie de la vie décident d’entreprendre un chemin de développement personnel.

Perspective de psychopathologie

Dans ses manifestations les plus évidentes, l’image du trickster est une représentation fidèle de la plus totale indifférenciation de la psyché humaine, à peine sortie du stade animal.

En psychopathologie, l’image du trickster se manifeste dans la psyché de la personnalité dissociée à l’intérieur de laquelle s’active une personnification collective de traits meilleurs ou pires que le moi.

Chez l’homme normal, la figure du trickster est représentée par des contre-tendances inconscientes apparaissant chaque fois que l’homme se sent à la merci d’incidents apparemment malveillants ; ce trait de caractère est l’ombre ; on explique que le mythe du trickster a été préservé et développé pour son effet thérapeutique : afin de lui rappeler son passé, le niveau primitif intellectuel et moral inférieur est maintenu face à la conscience de l’individu plus développé.

Le trickster est comparé à l’ombre individuelle : ils ont tous deux un but commun, la recherche du sens. Bien que l’ombre apparaisse négative, certains de ses traits ou associations peuvent parfois indiquer une résolution positive du conflit.

Références bibliograpiques

C.G. Jung « L’Âme et la vie », LGF – Livre de Poche, 1995 (ISBN 2-253-06434-3). L’ouvrage L’Âme et la vie est constitué de textes essentiels de Carl Gustav Jung, réunis et présentés par Jolande Jacobi, introduits par Michel Cazenave.

Radin, The Trickster: A Study in Native American Mythology, 1956 (ISBN 978-0805203516)

Carl Gustav Jung, Le Fripon divin : un mythe indien, ouvrage collectif avec Radin et Kerényi, éditions Librairie de l’Université, Georg et Cie, 1958.

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